Déménager en Suisse : par où commencer ?
Déménager en Suisse, ce n’est pas juste traverser une frontière avec un camion. C’est un changement de pays, de système administratif, parfois de langue… et de budget. Bien préparé, ça se passe très bien. Improvisé, ça peut vite coûter cher.
Dans cet article, on va passer en revue :
- Les étapes clés pour organiser votre déménagement vers la Suisse
- Les coûts à prévoir (et ceux qu’on oublie souvent)
- Les pièges classiques à éviter
Objectif : vous permettre de construire un plan clair, sans mauvaise surprise le jour J ni à la douane.
Étape 1 : définir votre projet et votre statut en Suisse
Avant même de parler cartons, il faut clarifier votre situation. En Suisse, votre statut administratif conditionne tout : entrée sur le territoire, assurance, logement, travail.
Questions à vous poser immédiatement :
- Vous êtes citoyen UE/AELE ou hors UE ?
- Vous venez pour un emploi déjà trouvé ou pour chercher sur place ?
- Vous déménagez seul, en couple, en famille ?
- Durée prévue de votre installation : temporaire ou longue durée ?
En fonction, les démarches diffèrent :
- Citoyen UE/AELE avec contrat de travail : demande de permis de séjour (souvent permis B) via votre canton de résidence, généralement facilitée.
- Frontaliers : travail en Suisse, logement côté France, permis G.
- Hors UE : procédures plus longues, quotas possibles, vérifier absolument vos conditions d’entrée avant de louer un logement ou de réserver un déménageur.
Astuce simple : avant tout engagement de location à long terme ou de signature avec un déménageur international, validez que votre employeur (ou futur employeur) a bien confirmé la faisabilité de votre permis.
Étape 2 : organiser le transport de vos affaires
Le transport, c’est le gros morceau. Vous avez trois options principales pour déménager vers la Suisse :
- Déménageur professionnel international
- Location de camion et déménagement par vous-même
- Solution hybride : location de véhicule + manutention locale
Déménageur professionnel :
- Pratique si vous avez beaucoup de volume (plus de 25–30 m³).
- Ils gèrent souvent la partie douanière, c’est un vrai plus.
- Coût plus élevé, mais gain de temps et moins de stress.
Location de camion :
- Économique si vous avez peu de volume ou un gros réseau d’amis prêts à aider.
- Vous devez gérer vous-même les formalités à la frontière et les accès.
- Attention aux conditions de location pour circuler en Suisse (assurance, kilométrage, pays autorisés).
Point important : prévoyez toujours un accès camion à votre ancien et nouveau logement. En Suisse, certains immeubles sont difficiles d’accès (pentes, rues étroites, places limitées). Dans certains cantons et villes, une autorisation de stationnement peut être nécessaire.
Étape 3 : comprendre le passage en douane
C’est le point qui inquiète souvent, mais bien préparé, c’est assez fluide. La Suisse n’est pas membre de l’UE : votre déménagement est donc un import de biens personnels.
Pour bénéficier de l’exonération de droits de douane et TVA sur vos effets personnels, vous devrez généralement :
- Prouver que vous vous installez en Suisse (contrat de travail, bail, attestation de domicile, etc.).
- Montrer que vos biens sont utilisés depuis plus de 6 mois (meubles, électroménager, voiture).
- Vous engager à ne pas les revendre dans les 12 mois suivant l’import.
Documents typiquement demandés à la douane suisse :
- Formulaire d’importation de biens de ménage (formulaire 18.44, souvent utilisé dans ce cadre).
- Inventaire détaillé et chiffré de vos biens (par pièce).
- Pièce d’identité.
- Contrat de travail ou justificatif de séjour.
- Contrat de bail ou attestation de logement.
Si vous passez par un déménageur professionnel, il peut s’occuper du dossier douanier. Sinon, anticipez : imprimez tout, préparez un inventaire propre, idéalement en français, allemand ou anglais.
Déménager son véhicule en Suisse : ce qu’il faut savoir
Beaucoup de personnes souhaitent garder leur voiture. C’est possible, mais encadré.
Si votre véhicule vous appartient depuis plus de 6 mois et fait partie de votre déménagement, vous pouvez en principe l’importer sans payer de droits de douane ni de TVA, à condition de respecter les règles suisses et les délais pour l’immatriculation.
Étapes typiques :
- Déclarer le véhicule à la douane lors de votre entrée en Suisse.
- Obtenir un formulaire d’importation spécifique pour le véhicule.
- Dans un délai (en général 12 mois), faire :
- Un contrôle technique suisse (expertise).
- Une immatriculation suisse (plaques suisses).
- Une assurance automobile suisse.
Attention :
- Les normes antipollution et bruit peuvent être plus strictes qu’en France.
- Certains véhicules très anciens ou très modifiés peuvent être plus compliqués à homologuer.
- Les frais d’immatriculation, de plaques et d’assurance sont souvent plus élevés.
Si vous utilisez un véhicule de location pour le déménagement, vérifiez :
- Que la Suisse est bien incluse dans les pays autorisés par le loueur.
- Que l’assurance couvre les trajets en Suisse.
- Les frais de kilomètres supplémentaires (un aller-retour France–Suisse peut vite faire exploser le forfait).
Les coûts à prévoir pour un déménagement en Suisse
Les chiffres varient selon votre ville de départ, votre volume, la distance et la période. Mais on peut dégager quelques ordres de grandeur pour un déménagement France → Suisse.
1. Déménageur professionnel international
- Petit volume (10–15 m³) : environ 1 500 à 3 000 €.
- Volume moyen (20–30 m³) : environ 2 500 à 5 000 €.
- Gros volume (40 m³ et plus) : souvent 4 000 à 8 000 € et au-delà.
Ces tarifs dépendent aussi :
- Du service choisi : économique (vous emballez) ou « tout compris » (emballage + démontage + remontage).
- Du niveau d’accès (étages, pas d’ascenseur, monte-meubles).
- De la localisation : Genève et Bâle sont plus accessibles que certains villages de montagne.
2. Location de camion
- Camion 20 m³ pour 1 à 2 jours : 150 à 300 € selon la saison.
- Carburant : 80 à 200 € suivant la distance.
- Frais d’autoroutes, péages, éventuelles vignettes.
Ajoutez :
- Frais de stationnement ou autorisation de voirie.
- Location de matériel (diable, sangles, couvertures).
- Éventuelle main-d’œuvre sur place (aide au chargement/déchargement).
3. Coûts cachés (ceux qu’on oublie) :
- Frais de résiliation/activation de contrats (internet, électricité, assurances).
- Double loyer sur un mois de transition.
- Achat de meubles adaptés (logements suisses parfois moins grands, cuisine déjà équipée ou non).
- Coûts d’installation : abonnement transports, taxe poubelle, dépôt de garantie important.
Formalités administratives : ne rien laisser passer
En Suisse, chaque canton a ses spécificités. Mais certains réflexes sont valables partout.
Avant de partir de France :
- Informer votre centre des impôts de votre départ à l’étranger.
- Résilier ou transférer vos contrats : énergie, internet, téléphone.
- Mettre à jour votre banque et vos assurances.
- Demander un relevé d’information à votre assureur auto (utile pour négocier en Suisse).
À l’arrivée en Suisse (délai souvent 8 à 14 jours) :
- Vous annoncer à la commune/office de la population de votre lieu de résidence.
- Déposer votre demande de permis de séjour (si ce n’est pas déjà enclenché).
- Souscrire une assurance maladie suisse (obligatoire, avec un délai limité pour le faire).
- Ouvrir un compte bancaire suisse, souvent nécessaire pour le loyer et le salaire.
Si vous venez avec des enfants :
- Contactez la commune ou le service scolaire pour la scolarisation.
- Préparez les carnets de vaccination, bulletins, certificats scolaires.
Organisation pratique : cartons, tri et volume
Un déménagement international est l’occasion idéale pour alléger. Transporter des objets inutiles coûte cher, surtout quand on paye au m³.
Approche efficace :
- Faites un tri pièce par pièce : garder / vendre / donner / jeter.
- Vendez en amont les meubles trop volumineux ou peu adaptés (armoires massives, vieux canapés).
- Gardez seulement ce qui a une vraie utilité ou une vraie valeur (émotionnelle ou financière).
Pour les cartons :
- Numérotez chaque carton et notez la pièce de destination (cuisine, chambre, salon).
- Préparez un inventaire sommaire : utile pour vous et pour la douane.
- Regroupez les documents importants dans un sac ou carton spécial que vous gardez avec vous (papiers d’identité, contrats, attestations).
Plus votre inventaire est clair, plus le passage en douane est rapide et moins vous perdez de temps à l’arrivée.
Les pièges classiques à éviter
Certains soucis reviennent systématiquement dans les déménagements vers la Suisse. Autant les anticiper.
1. Sous-estimer les délais administratifs
- Permis de séjour, assurance maladie, immatriculation véhicule : rien ne se fait en 24 heures.
- Anticipez, gardez des copies de tous vos documents, suivez vos demandes.
2. Mal calculer le volume
- Un volume sous-estimé = camion trop petit ou supplément de dernière minute avec le déménageur.
- Utilisez des calculateurs de volume en ligne ou faites venir un commercial pour un devis sur place.
3. Oublier les restrictions d’accès
- Rue étroite, pente, hauteur limitée pour les camions : certains accès suisses sont techniques.
- Demandez des photos, un plan d’accès, vérifiez si un monte-meubles est nécessaire.
4. Chercher le « tout gratuit »
- Déménagement 100 % maison + camion loué = souvent stress maximal.
- Parfois, une solution mixte (transport pro + vous pour l’emballage) est le meilleur rapport temps/argent.
5. Ne pas budgétiser la vie sur place
- Les salaires sont plus élevés, mais le coût de la vie aussi (loyer, nourriture, assurances).
- Gardez un matelas de sécurité pour les 2–3 premiers mois.
Astuces pour réduire le coût de votre déménagement en Suisse
On ne peut pas faire disparaître le budget, mais on peut l’optimiser.
- Choisissez une date en semaine et hors haute saison : évitez les fins de mois, vacances d’été, ponts prolongés.
- Comparez plusieurs devis : au moins 3 déménageurs, même trajet, même volume, mêmes services.
- Optez pour l’emballage partiel : vous emballez le non-fragile, le pro gère le fragile et le mobilier.
- Vendez ce qui est facilement remplaçable : certains meubles IKEA coûtent moins cher à racheter qu’à transporter sur 500 km.
- Regroupez les services : certains déménageurs proposent aussi la gestion douanière, le monte-meubles, voire le stockage temporaire.
- Profitez des aides éventuelles de votre employeur : certains prennent en charge une partie ou la totalité du déménagement, mais il faut souvent des devis et factures nominatives.
Checklist express pour déménager en Suisse sereinement
Pour finir, voici une synthèse opérationnelle à cocher au fur et à mesure.
- Statut en Suisse clarifié (permis de séjour, travail, durée).
- Devis de déménagement comparés ou camion réservé.
- Inventaire de vos biens préparé (au moins par grandes catégories).
- Documents pour la douane rassemblés (contrat de travail, bail, papiers d’identité, formulaires).
- Organisation du logement : bail signé, état des lieux prévu, accès camion vérifié.
- Formalités France : impôts, banques, assurances, opérateurs prévenus.
- Formalités Suisse : rendez-vous ou démarches prévus pour permis, assurance maladie, inscription communale.
- Plan pour votre véhicule : import ou revente, immatriculation, assurance.
- Budget global estimé : transport + installation + 2–3 mois de vie sur place.
Un déménagement en Suisse, c’est une opération logistique avec plusieurs étages : administratif, transport, logement, véhicule. En travaillant par étapes, avec une checklist claire et quelques devis comparés, vous transformez un projet potentiellement stressant en transition maîtrisée.





